VisibilitéJ’ai testé

Qui ressort quand un voyageur interroge Google ou ChatGPT ?

J’ai posé 15 questions aux Aperçus IA, au Mode IA et à ChatGPT sur 5 destinations françaises. Ces 45 tests font ressortir des offices bien cités et des professionnels recommandés mais aussi une page de 2019 et un faux site. La même mécanique explique les réussites et les ratés.

Nicolas François · 21 min de lecture

Le 22 juillet, les Aperçus IA et le Mode IA sont arrivés dans les résultats français. J’avais alors mis à jour le premier article que j’avais consacré au sujet, avec les chiffres américains, les études et leurs limites, et une explication de la mécanique qui décide qui se fait reprendre dans une réponse générée. C’était forcément un peu théorique, puisque le déploiement français datait de la veille.

Un mois plus tard, j’ai voulu voir ce que ça donnait vraiment quand un voyageur cherche une idée, une information pratique ou commence à préparer une réservation. J’ai passé une journée à interroger Google et ChatGPT sur 5 destinations françaises, à noter ce qu’ils citaient, à cliquer sur les sources et à tout archiver en captures d’écran.

J’y ai trouvé des offices de tourisme cités, des hébergeurs et des guides recommandés par leur nom, mais aussi des prix affichés à côté de leur nom, parfois ceux de Booking, parfois ceux de leurs concurrents. Et puis il y a eu les premières pépites : le programme d’une saison estivale 2019, un faux site généré par IA et, plus anecdotique, un loueur dont personne sur place n’a jamais vraiment entendu parler. Le plus intéressant, c’est que la même mécanique explique les bonnes surprises et les ratés.


Où on en est, un mois plus tard

Rapidement, pour ceux qui rentrent de vacances. Aujourd’hui, quand vous posez une question à Google, une réponse générée peut s’afficher avant les liens bleus : c’est l’Aperçu IA (ou AI Overviews en anglais). Et il y a aussi le nouveau bouton « Mode IA », qui ouvre une interface conversationnelle complète où l’on peut enchaîner les questions.

La différence entre ces 2 produits ? L’Aperçu IA apparaît ou non dans la page de résultats, alors que le Mode IA est conçu pour répondre à chaque question et poursuivre la conversation. C’est important pour la suite, parce qu’on va voir qu’ils ne cherchent pas de la même façon et ne citent pas le même nombre de sources.

A gauche ce qu’on connaissait, à droite les deux nouveautés arrivées le 22 juillet 2026

Le reste du contexte, les chiffres américains, les études de baisse de trafic et leurs limites, je l’ai traité en juillet et je ne vais pas y revenir ici.

Google AI Overviews en France : l’impact réel sur le tourisme
Être bien classé ne suffit plus, il faut être cité. Comprendre pourquoi, mesurer l’impact et savoir par quoi commencer.

Comment j’ai testé

Puisqu’on n’a pas encore de données françaises, je suis allé regarder moi-même. Je vous explique comment, pour que vous sachiez d’où viennent les chiffres et ce qu’ils valent.

Samedi 29 août, j’ai retenu 15 questions. Parmi elles, 12 portaient sur 5 destinations aux notoriétés très différentes : Colmar, Chamonix, l’île de Ré, Gérardmer et Cahors avec la vallée du Lot. Les 3 autres étaient volontairement génériques, du genre « où partir en France en octobre pour un week-end ». Je les garde à part parce qu’elles ne visent aucune destination en particulier.

J’ai réparti les 12 questions ciblées en 3 familles. Il y a les questions d’inspiration et d’information, du type « que faire à Gérardmer en été ». Celles qui préparent une réservation, comme « chambre d’hôtes à Cahors dans le centre historique ». Et l’info pratique du moment, celle qui périme vite, quand on demande quel jour se tient le marché de Cahors ou si les remontées mécaniques sont ouvertes demain à Chamonix.

J’ai posé les 15 questions dans les Aperçus IA, dans le Mode IA et dans ChatGPT en version gratuite. Ça fait 45 tests au total, tous analysés et archivés. Le tableau comparatif présenté plus bas porte uniquement sur les 12 questions ciblées.

J’ai fait tourner tout ça dans Chrome, en navigation privée côté Google avec un compte qui ne me sert qu’à ces tests et sur ChatGPT gratuit sans être connecté. Je voulais me rapprocher de la réponse que reçoit quelqu’un qui n’a rien paramétré, plutôt que d’utiliser un profil chargé de mon historique et de tout ce que ces outils ont fini par savoir de moi.

J’ai ensuite tout consigné à la main, ligne par ligne, avec une ou plusieurs captures d’écran derrière chaque réponse. Quand je parle d’une source, je parle d’une entrée du panneau de sources que l’on retrouve en bas ou à côté de la réponse : une page, une fiche établissement ou un post. Les établissements cliquables dans le corps de la réponse, eux, sont comptés à part. Je ne les ai jamais additionnés aux sources, sinon on gonfle les chiffres pour rien et ce n’est surtout pas le même usage.

Une ligne par réponse, 45 lignes en tout et une capture d’écran derrière chacune

Certains se demandent peut-être pourquoi j’ai fait tout ça à la main alors qu’il existe des plateformes de suivi. C’est vrai qu’il y en a de plus en plus et certaines ont l’air très bien, mais je ne les ai pas assez testées pour vous en recommander une. Et puis je voulais garder la main sur le test : cliquer, lire, recenser et voir les bizarreries de mes propres yeux. Une approche plus quali que quanti, clairement.

C’est aussi pour ça que j’ai choisi des destinations que je connais, en particulier dans le Grand Est. Je sais à quoi ressemble un été à Gérardmer, donc je repère assez vite une photo générée ou une information qui n’a plus cours depuis longtemps. Un outil m’aurait donné un nombre de citations. Il ne m’aurait probablement jamais signalé que l’une des pages citées était un faux.

Les outils de suivi ont un autre problème
Depuis fin août, Google confirme faire passer les liens de ses résultats par une redirection intermédiaire, google.com/goto, qui ne peut pas être décodée sans suivre chaque lien un par un. Pour vous, rien ne change. Pour les plateformes qui lisent les résultats Google en masse, rank trackers et outils de suivi des Aperçus IA compris, ça multiplie les requêtes et le coût, après la suppression du paramètre qui permettait de récupérer 100 résultats d’un coup et l’action en justice contre SerpApi. Ces outils vont s’adapter, mais leurs données vont bouger et leurs tarifs probablement aussi. Une raison de plus, ce mois-ci, pour garder une méthode à la main que je peux rejouer telle quelle. Source : abondance.com
Et l’historique dans tout ça ?
Ce test montre la réponse par défaut, celle d’un profil aussi neutre que possible. Google indique pourtant que le Mode IA peut s’appuyer sur vos recherches précédentes et qu’on peut désormais y connecter Gmail, Google Agenda et Google Photos. Dans un secteur où les confirmations de réservation, les billets de train et les dates de congés se trouvent dans les mails et l’agenda, la question n’est pas anodine. Mais c’est un autre test. Je la laisse donc de côté ici, avec l’idée d’y revenir…

Juste un test, pas une étude

Autant être clair, ces 45 tests forment un premier exercice, pas une étude. Tout a été fait le même jour, par une seule personne et depuis le même ordinateur. Et on sait que les réponses peuvent varier selon l’endroit d’où vous posez la question, votre historique, la formulation exacte de la question et probablement l’heure.

J’avais prévu 30 questions au départ puis j’ai réduit la liste à 15 après les 6 premières. Faire ce travail proprement prenait beaucoup plus de temps que je ne l’imaginais. J’ai préféré réduire la liste et vérifier chaque réponse correctement. Je n’avais pas non plus envie d’y passer tout mon dimanche 😬.

Je n’ai pas non plus mesuré la stabilité dans le temps. J’ai seulement reposé une question à 24 heures d’intervalle, pour voir. Je ne vais donc pas pouvoir tirer de grandes règles de ce test sur les types de sites que l’IA citerait le plus.

Mais ce premier test fait déjà ressortir quelques tendances et certaines assez surprenantes. Et surtout, ça me donne un point de départ que je pourrai suivre dans les mois à venir, sans changer de méthode.

Si la méthode complète, les règles de comptage et les modèles vierges vous intéressent, contactez moi.


Comment Google et ChatGPT vont chercher leurs sources

Pour commencer, je voulais comprendre comment ces sources étaient choisies.

Quand vous tapez une question un peu complexe, le système ne part pas chercher une réponse toute faite. Il commence par découper votre question en plusieurs questions plus petites, lancées en parallèle. Ensuite, il assemble une réponse à partir de ce que chaque recherche a rapporté.

Cette technique porte un nom, le query fan-out, et jusqu’à récemment on en parlait surtout à partir d’analyses d’éditeurs américains. Depuis, Google l’a documentée lui-même, en français, sur sa page d’aide consacrée au Mode IA. Il précise que le Mode IA « divise votre question en sous-thèmes et recherche chacun simultanément ».

En juillet, j’illustrais cette mécanique avec un exemple imaginé, une famille qui chercherait une randonnée facile avec une poussette près de Gérardmer. Cette fois, j’ai posé une vraie question sur la même destination : « que faire à Gérardmer en été ».

Google ne cherche probablement pas cette phrase telle quelle. Il va regarder les activités de l’été d’un côté, la baignade et le lac de l’autre, les randonnées faciles du secteur ailleurs encore et l’agenda des animations pour finir. Je dis probablement parce que ces sous-questions, on ne les voit jamais. Google ne les affiche pas et c’est bien le problème.

La réponse, elle, affichait 13 sources différentes : le site de l’office de tourisme, cité deux fois, celui de la région, 3 hébergeurs, 1 blog de famille, 2 annuaires de sorties et 1 page d’avis. Et 3 autres sur lesquelles je vais revenir plus bas parce qu’elles n’avaient rien à faire là.

Le système ne cherche pas votre question telle quelle, il en cherche les différents morceaux. Mais on ne voit jamais ces morceaux...

Et la concurrence ne se joue plus seulement sur la première page de résultats. En février, BrightEdge mesurait qu’environ 17 % seulement des sources citées figuraient aussi dans le top 10 organique. Autrement dit, 5 citations sur 6 venaient de pages qui n’étaient pas en première page. C’est un des chiffres qui m’avait le plus surpris en écrivant le dossier de juillet.

Mon test montre aussi un autre écart. Sur une seule question, le Mode IA m’a cité jusqu’à 27 sources et il dépasse 20 sur un tiers des questions. L’Aperçu IA, lui, en cite entre 4 et 10, et ChatGPT gratuit entre 0 et 4. Les trois répondent à la même question mais avec un nombre de sources très différent.

Aperçus IA Mode IA ChatGPT gratuit
Réponse générée, sur 12 questions 5 12 12
Sources citées au total 35 168 27
Le plus sur une seule question 10 27 4
En moyenne par réponse 7 14 2

Test du 29 août 2026, sur 12 questions posées à propos de 5 destinations, hors questions génériques.

Le Mode IA ratisse large, très large. Il cite à lui seul 168 des 230 sources comptabilisées ici.


Qui ressort et à quel moment

Déjà, l’office de tourisme est cité beaucoup plus souvent que je ne le pensais, à condition qu’on lui pose une question à laquelle il sait répondre. Ça paraît logique dit comme ça, je m’explique. Sur les questions d’inspiration et d’information, il apparaît dans 10 réponses sur 12. Sur les questions pratiques du quotidien, dans 7 réponses sur 9. Il représente 27 des 96 sources citées en information et 13 des 55 sources en pratique, ce qui n’est pas rien quand on voit le nombre d’acteurs en concurrence.

Et puis il y a le trou. Dès qu’on passe à une question de réservation, l’office tombe à 4 sources sur 79. La raison tient en un chiffre : 44 de ces 79 sources sont des fiches Google d’établissements. Quand Google a des fiches à citer, il cite ses fiches. Sur l’hôtel à Colmar, le Mode IA cite 21 fiches sur 23 sources. Sur les guides de Chamonix, 21 sur 27. Si on retire les fiches Google du calcul, le Mode IA ne s’appuie en moyenne plus que sur 4 sources pour ces questions proches de la réservation. C’est ce qui reste une fois la couche Google enlevée.

À Cahors, ça se passe autrement. Sur les chambres d’hôtes, l’office est cité par les 3 outils. Pourquoi ? Parce qu’il détient la liste. Google a bien une fiche par maison d’hôtes, il n’a pas de fiche qui les recense toutes. L’office, lui, a la liste.ChatGPT est même allé la chercher au fond d’un PDF de 96 pages. Et l’Aperçu IA écrit dans sa prose « vous pouvez aussi consulter l’office de tourisme local via le portail de Cahors - Vallée du Lot pour davantage de disponibilités », avec le lien qui va bien. Bénédiction suprême de Google 🙏🏻

L’Aperçu IA renvoie de lui-même vers le portail de l’office, avec le lien

Sur les 3 questions génériques, le constat est beaucoup moins réjouissant. J’ai compté 53 sources citées et pas un seul office de tourisme.


Google et ChatGPT ne se contentent plus de chercher

C’est en reprenant les captures une par une que j’ai vu jusqu’où les réponses allaient. Et que j’ai remarqué pas mal de choses intéressantes.

Quand Google et ChatGPT commencent à conseiller

Presque chaque réponse de Google se termine désormais par des questions. Vous partez en couple, en famille ou seul ? La mer, la campagne ou la montagne ? Train ou voiture ? Sur le Japon, on me demande mon budget et la durée du séjour. Sur Chamonix, quelle course, quelle période et quel niveau.

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Nicolas François

Nicolas François

Créateur d’IA, Tech & Travel Café ☕️ et conférencier. Depuis 20 ans, je travaille entre tourisme, voyage et numérique. Certifié MIT en IA agentique, j’aborde ces sujets avec curiosité et méthode.

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