Qui ressort quand un voyageur interroge Google ou ChatGPT ?
45 tests, une journée à ouvrir les sources une par une et une question simple : quand un voyageur demande où dormir ou quoi faire, qui ressort vraiment ? La même mécanique explique les bonnes surprises et les ratés.

Le 22 juillet, les Aperçus IA et le Mode IA sont arrivés dans les résultats français. J’avais alors mis à jour le premier article que j’avais consacré au sujet, avec les chiffres américains, les études et leurs limites, et une explication de la mécanique qui décide qui se fait reprendre dans une réponse générée. C’était forcément un peu théorique, puisque le déploiement français datait de la veille.
Un mois plus tard, j’ai voulu voir ce que ça donnait vraiment quand un voyageur cherche une idée, une information pratique ou commence à préparer une réservation. J’ai passé une journée à interroger Google et ChatGPT sur 5 destinations françaises, à noter ce qu’ils citaient, à cliquer sur les sources et à tout archiver en captures d’écran.
J'y ai trouvé ce que j'espérais y trouver et aussi ce que je n'attendais pas du tout : le programme d'une saison estivale 2019, un faux site généré par IA et, plus anecdotique, un loueur dont personne sur place n'a jamais vraiment entendu parler. Le plus intéressant, c'est que la même mécanique explique les bonnes surprises et les ratés.
⚡ L'essentiel en 30 secondes
Le 29 août, j'ai posé 15 questions aux Aperçus IA, au Mode IA et à ChatGPT, dont 12 sur 5 destinations françaises. 45 tests et toutes les sources ouvertes une par une.
L'office de tourisme s'en sort mieux que prévu sur l'information et le pratique. Mais dès qu'on approche de la réservation, il tombe à 4 sources sur 79, parce que 44 de ces 79 sources sont des fiches Google.
Et Google et ChatGPT ne se contentent plus de chercher : ils qualifient la demande, recommandent des établissements et même des personnes, et affichent des prix que l'établissement n'a pas toujours choisis.
Dans ce dossier : ma méthode · comment l'IA choisit ses sources · qui est cité, et à quel moment · quand l'IA conseille et affiche des prix · ce qu'elle ramène au passage · pourquoi elle se trompe · ce que ça change vraiment · ce que je regarderais selon les métiers · à retenir
Où on en est, un mois plus tard
Rapidement, pour ceux qui rentrent de vacances. Aujourd'hui, quand vous posez une question à Google, une réponse générée peut s’afficher avant les liens bleus : c’est l’Aperçu IA (ou AI Overviews en anglais). Et il y a aussi le nouveau bouton « Mode IA », qui ouvre une interface conversationnelle complète où l’on peut enchaîner les questions.
La différence entre ces 2 produits ? L’Aperçu IA apparaît ou non dans la page de résultats, alors que le Mode IA est conçu pour répondre à chaque question et poursuivre la conversation. C’est important pour la suite, parce qu'on va voir qu'ils ne cherchent pas de la même façon et ne citent pas le même nombre de sources.

Le reste du contexte, les chiffres américains, les études de baisse de trafic et leurs limites, je l’ai traité en juillet et je ne vais pas y revenir ici.

Comment j’ai testé
Puisqu’on n’a pas encore de données françaises, je suis allé regarder moi-même. Je vous explique comment, pour que vous sachiez d’où viennent les chiffres et ce qu’ils valent.
Samedi 29 août, j’ai retenu 15 questions. Parmi elles, 12 portaient sur 5 destinations aux notoriétés très différentes : Colmar, Chamonix, l’île de Ré, Gérardmer et Cahors avec la vallée du Lot. Les 3 autres étaient volontairement génériques, du genre « où partir en France en octobre pour un week-end ». Je les garde à part parce qu’elles ne visent aucune destination en particulier.
J’ai réparti les 12 questions ciblées en 3 familles. Il y a les questions d’inspiration et d’information, du type « que faire à Gérardmer en été ». Celles qui préparent une réservation, comme « chambre d’hôtes à Cahors dans le centre historique ». Et l’info pratique du moment, celle qui périme vite, quand on demande quel jour se tient le marché de Cahors ou si les remontées mécaniques sont ouvertes demain à Chamonix.
J’ai posé les 15 questions dans les Aperçus IA, dans le Mode IA et dans ChatGPT en version gratuite. Ça fait 45 tests au total, tous analysés et archivés. Le tableau comparatif présenté plus bas porte uniquement sur les 12 questions ciblées.
J’ai fait tourner tout ça dans Chrome, en navigation privée côté Google avec un compte qui ne me sert qu’à ces tests et sur ChatGPT gratuit sans être connecté. Je voulais me rapprocher de la réponse que reçoit quelqu’un qui n’a rien paramétré, plutôt que d’utiliser un profil chargé de mon historique et de tout ce que ces outils ont fini par savoir de moi.
J’ai ensuite tout consigné à la main, ligne par ligne, avec une ou plusieurs captures d’écran derrière chaque réponse. Quand je parle d’une source, je parle d’une entrée du panneau de sources que l'on retrouve en bas ou à côté de la réponse : une page, une fiche établissement ou un post. Les établissements cliquables dans le corps de la réponse, eux, sont comptés à part. Je ne les ai jamais additionnés aux sources, sinon on gonfle les chiffres pour rien et ce n'est surtout pas le même usage.

Certains se demandent peut-être pourquoi j’ai fait tout ça à la main alors qu’il existe des plateformes de suivi. C'est vrai qu'il y en a de plus en plus et certaines ont l’air très bien, mais je ne les ai pas assez testées pour vous en recommander une. Et puis je voulais garder la main sur le test : cliquer, lire, recenser et voir les bizarreries de mes propres yeux. Une approche plus quali que quanti, clairement.
C’est aussi pour ça que j’ai choisi des destinations que je connais, en particulier dans le Grand Est. Je sais à quoi ressemble un été à Gérardmer, donc je repère assez vite une photo générée ou une information qui n’a plus cours depuis longtemps. Un outil m’aurait donné un nombre de citations. Il ne m’aurait probablement jamais signalé que l’une des pages citées était un faux.
Ce test montre la réponse par défaut, celle d’un profil aussi neutre que possible. Google indique pourtant que le Mode IA peut s’appuyer sur vos recherches précédentes et qu’on peut désormais y connecter Gmail, Google Agenda et Google Photos. Dans un secteur où les confirmations de réservation, les billets de train et les dates de congés se trouvent dans les mails et l’agenda, la question n’est pas anodine. Mais c’est un autre test. Je la laisse donc de côté ici, avec l’idée d’y revenir…
Un test, pas une étude
Autant être clair, ces 45 tests forment un premier exercice, pas une étude. Tout a été fait le même jour, par une seule personne et depuis le même ordinateur. Et on sait que les réponses peuvent varier selon l’endroit d’où vous posez la question, votre historique, la formulation exacte de la question et probablement l’heure.
J’avais prévu 30 questions au départ puis j’ai réduit la liste à 15 après les 6 premières. Faire ce travail proprement prenait beaucoup plus de temps que je ne l’imaginais. J’ai préféré réduire la liste et vérifier chaque réponse correctement. Je n’avais pas non plus envie d’y passer tout mon dimanche 😬.
Je n’ai pas non plus mesuré la stabilité dans le temps. J’ai seulement reposé une question à 24 heures d’intervalle, pour voir. Je ne vais donc pas pouvoir tirer de grandes règles de ce test sur les types de sites que l’IA citerait le plus.
Mais ce premier test fait déjà ressortir quelques tendances et certaines assez surprenantes. Et surtout, ça me donne un point de départ que je pourrai suivre dans les mois à venir, sans changer de méthode.
Si la méthode complète, les règles de comptage et les modèles vierges vous intéressent, contactez-moi.
Comment Google et ChatGPT vont chercher leurs sources
Pour commencer, je voulais comprendre comment ces sources étaient choisies.
Quand vous tapez une question un peu complexe, le système ne part pas chercher une réponse toute faite. Il commence par découper votre question en plusieurs questions plus petites, lancées en parallèle. Ensuite, il assemble une réponse à partir de ce que chaque recherche a rapporté.
Cette technique porte un nom, le query fan-out, et jusqu’à récemment on en parlait surtout à partir d’analyses d’éditeurs américains. Depuis, Google l’a documentée lui-même, en français, sur sa page d’aide consacrée au Mode IA. Il précise que le Mode IA « divise votre question en sous-thèmes et recherche chacun simultanément ».
En juillet, j’illustrais cette mécanique avec un exemple imaginé, une famille qui chercherait une randonnée facile avec une poussette près de Gérardmer. Cette fois, j’ai posé une vraie question sur la même destination : « que faire à Gérardmer en été ».
Google ne cherche probablement pas cette phrase telle quelle. Il va regarder les activités de l’été d’un côté, la baignade et le lac de l’autre, les randonnées faciles du secteur ailleurs encore et l’agenda des animations pour finir. Je dis probablement parce que ces sous-questions, on ne les voit jamais. Google ne les affiche pas et c’est bien le problème.
La réponse, elle, affichait 13 sources différentes : le site de l’office de tourisme, cité deux fois, celui de la région, 3 hébergeurs, 1 blog de famille, 2 annuaires de sorties et 1 page d’avis. Et 3 autres sur lesquelles je vais revenir plus bas parce qu’elles n’avaient rien à faire là.

Et la concurrence ne se joue plus seulement sur la première page de résultats. En février, BrightEdge mesurait qu’environ 17 % seulement des sources citées figuraient aussi dans le top 10 organique. Autrement dit, 5 citations sur 6 venaient de pages qui n’étaient pas en première page. C’est un des chiffres qui m’avait le plus surpris en écrivant le dossier de juillet.
Mon test montre aussi un autre écart. Sur une seule question, le Mode IA m’a cité jusqu’à 27 sources et il dépasse 20 sur un tiers des questions. L’Aperçu IA, lui, en cite entre 4 et 10, et ChatGPT gratuit entre 0 et 4. Les trois répondent à la même question mais avec un nombre de sources très différent.
| Aperçus IA | Mode IA | ChatGPT gratuit | |
|---|---|---|---|
| Réponse générée, sur 12 questions | 5 | 12 | 12 |
| Sources citées au total | 35 | 168 | 27 |
| Le plus sur une seule question | 10 | 27 | 4 |
| En moyenne par réponse | 7 | 14 | 2 |
Test du 29 août 2026, sur 12 questions posées à propos de 5 destinations, hors questions génériques.
Le Mode IA ratisse large, très large. Il cite à lui seul 168 des 230 sources comptabilisées ici.
Qui ressort et à quel moment
Déjà, l’office de tourisme est cité beaucoup plus souvent que je ne le pensais, à condition qu’on lui pose une question à laquelle il sait répondre. Ça paraît logique dit comme ça, je m’explique. Sur les questions d’inspiration et d’information, il apparaît dans 10 réponses sur 12. Sur les questions pratiques du quotidien, dans 7 réponses sur 9. Il représente 27 des 96 sources citées en information et 13 des 55 sources en pratique, ce qui n’est pas rien quand on voit le nombre d’acteurs en concurrence.
Et puis il y a le trou. Dès qu’on passe à une question de réservation, l’office tombe à 4 sources sur 79. La raison tient en un chiffre : 44 de ces 79 sources sont des fiches Google d’établissements. Quand Google a des fiches à citer, il cite ses fiches. Sur l’hôtel à Colmar, le Mode IA cite 21 fiches sur 23 sources. Sur les guides de Chamonix, 21 sur 27. Si on retire les fiches Google du calcul, le Mode IA ne s’appuie en moyenne plus que sur 4 sources pour ces questions proches de la réservation. C’est ce qui reste une fois la couche Google enlevée.
À Cahors, ça se passe autrement. Sur les chambres d’hôtes, l’office est cité par les 3 outils. Pourquoi ? Parce qu’il détient la liste. Google a bien une fiche par maison d'hôtes, mais aucune qui les recense toutes. L'office, lui, a la liste. ChatGPT est même allé la chercher au fond d’un PDF de 96 pages. Et l’Aperçu IA écrit dans sa prose « vous pouvez aussi consulter l’office de tourisme local via le portail de Cahors - Vallée du Lot pour davantage de disponibilités », avec le lien qui va bien. Bénédiction suprême de Google 🙏🏻

Sur les 3 questions génériques, le constat est beaucoup moins réjouissant. J’ai compté 53 sources citées et pas un seul office de tourisme.
Google et ChatGPT ne se contentent plus de chercher
C’est en reprenant les captures une par une que j’ai vu jusqu’où les réponses allaient. Et que j'ai remarqué pas mal de choses intéressantes.
Quand Google et ChatGPT commencent à conseiller
Presque chaque réponse de Google se termine désormais par des questions. Vous partez en couple, en famille ou seul ? La mer, la campagne ou la montagne ? Train ou voiture ? Sur le Japon, on me demande mon budget et la durée du séjour. Sur Chamonix, quelle course, quelle période et quel niveau.
Normalement, c’est le travail d’un conseiller en séjour de poser quelques questions avant de proposer quelque chose. Et c’est maintenant intégré à la page de résultats. À l’heure où on se parle, je pense que c’est le glissement le plus profond de l’été, peut-être bien plus fort que la baisse de trafic dont tout le monde parle.

Derrière ces questions viennent les recommandations. Google et ChatGPT choisissent des établissements, des agences et même des personnes. ChatGPT affiche une section "Mon choix" sur les chambres d’hôtes de Cahors et même un "mon choix n°1" sur les parkings de Colmar. Il écrit ailleurs que "personnellement, je conseillerais de l’organiser soi-même" à propos du Japon, sans citer la moindre source pour appuyer ça. Le Mode IA titre sur "les meilleures agences pour les plus de 50/60 ans" et recommande 3 guides de haute montagne par leur nom, présentés comme très bien notés par la communauté sans qu’on sache laquelle (sans doute les avis Google ?). Il vante même l’accueil de l’hôte d’une maison d’hôtes, prénom compris.
Je ne m’attendais pas à le voir recommander aussi vite des personnes par leur nom.

Votre prix, ou celui de Booking ?
Le Mode IA affiche un prix par adresse et indique ses sources. À Cahors, la première maison d'hôtes apparaît à 120 à 132 € la nuit, prix repris de son propre site. La seconde apparaît « à partir de 90 € », prix repris chez Booking, c'est-à-dire le prix d'appel de la plateforme, pas celui que l'hébergeur affiche chez lui. Le voyageur lit les deux sur la même ligne, comme s'ils étaient comparables.
Sur les guides de Chamonix, c'est un autre mécanisme. Le Mode IA annonce « 450 à 550 € par jour » pour un guide indépendant, en s'appuyant entre autres sur la page tarifs d'un guide précis, qui affiche 450 € la journée. Un tarif individuel devient la fourchette de toute une profession. Le guide qui facture 600 € voit s'afficher 450 à 550 € en face de son métier.
Restent deux prix sans attribution visible : la fourchette du Portugal (1 350 à 1 950 € la semaine) et cette maison d'hôtes du Lot que ChatGPT affiche à 85 dollars, en pleine interface française.
Pourquoi le site pour l'une et Booking pour l'autre ? Je n'ai pas de preuve, mais l'hypothèse la plus simple est celle de tout ce dossier : la machine prend le prix là où il est lisible et Booking en a toujours un. Selon ce qu'elle arrive à lire, c'est votre tarif, celui de la plateforme ou celui d'un concurrent qui s'affiche à côté de votre nom. Et vous n'avez pas votre mot à dire.

ChatGPT se construit son propre Google Maps
ChatGPT ne fonctionne pas tout à fait comme Google. Ses réponses affichent des cartes avec des dizaines d’établissements cliquables, leur note, leur photo et des boutons pour appeler ou lancer l’itinéraire. Mais aucune source n’est communiquée pour ces établissements. Et quand on clique, le descriptif se génère quasiment à la volée en se basant sur d’autres sites encore (en gros, un clic sur un POI de la carte semble lancer une query fan out sur le point en question).
Sur mon test, ChatGPT cite entre 0 et 4 sources mais recommande jusqu’à 16 établissements nommés dans une seule réponse. Il se construit un Google Maps parallèle, avec vos établissements dedans, hors de tout ce que vous pouvez maîtriser. Pour les cas avec 0 source, il se fie donc uniquement à sa base de connaissances. Une économie qui se comprend, parce que ça coûte cher, le token (pour rappel, j’étais en mode gratuit et non connecté, on peut imaginer que si OpenAI lançait des query fan out bien large en mode open bar, la facture risquerait d’être encore plus salée…).

Quand les bonnes sources manquent
Des sources qu’on n’aurait pas choisies
Sur Gérardmer, le Mode IA m’a cité le programme de la saison estivale 2019, toujours en ligne sur un portail local. Il a aussi repris une page entièrement générée par IA (du genre des fermes de contenus IA qui pullulent), avec des textes et des photos qui ne correspondent à rien de réel, hébergée sur un site dédié à une plage... de la Grande Motte. Du grand n’importe quoi. Et il m’a aussi mis en avant un loueur dont personne sur place n’a jamais vraiment entendu parler.

Trois anomalies sur une seule question, sur une destination que je connais bien. Le problème c'est que sur une destination que je ne connais pas, je n’aurais probablement rien repéré.
A Colmar, sur une question de stationnement, ChatGPT est allé chercher un PDF municipal de 36 pages datant d’octobre 2019, alors qu’il existe une page dédiée avec des données à jour.
Et sur la température de l’eau du lac de Gérardmer, j’ai obtenu 23 degrés d’un côté et 18 de l’autre, le même jour, selon que la réponse s’appuyait sur le bulletin de l’office ou sur un agrégateur de capteurs. Difficile de dire au voyageur laquelle des deux est la bonne.
Et quand la donnée qui circule, c'est la vôtre
J'ai demandé aux trois outils quel jour se tient le marché de Cahors. Sur la page de résultats classique, aucun Aperçu IA ne se déclenche. Mais les trois premiers résultats me donnent trois jours différents dans leurs extraits : le vendredi chez l'office, le mercredi chez la mairie, le mercredi et le samedi chez Tourisme Lot.
Sauf qu'en ouvrant les trois pages, elles disent toutes la même chose : mercredi et samedi matin, place Chapou. Le vendredi de l'office, c'est le marché de Prayssac, présenté quelques lignes plus bas sur la même page. Le mercredi de la mairie, c'est Saint-Pierre-Lafeuille, et le vendredi qui traîne dans le même extrait, c'est Cabrerets. Google est allé piocher au milieu d'une liste de quatorze marchés et a recollé les morceaux sous un titre qui dit « Les marchés ». Trois sources justes et une page de résultats qui donne l'impression du contraire. Justes, mais toutes muettes sur ce qui allait se passer neuf jours plus tard.
Le Mode IA, lui, a tranché pour le mercredi et le samedi. Il m'a aussi prévenu que le marché déménage sur les allées Fénelon à partir du 7 septembre, pour dix mois de travaux, en s'appuyant sur l'office de tourisme et sur un article de presse locale publié quatre jours avant ma question.
ChatGPT a donné les bons jours et la place Chapou, ce qui était exact ce samedi 29 août. Mais rien sur le déménagement. Sa source menait à une adresse technique du système d'information touristique du Lot, un flux de syndication Tourinsoft qui n'a jamais été pensé pour le grand public. La fiche était juste ce jour-là. Elle sera fausse le 7 septembre si personne ne la touche, et ChatGPT continuera de la lire.

Ici, pas de faux site ni de blog abandonné. On parle de la donnée touristique officielle, celle que les équipes saisissent, qui circule déjà dans ces outils par des chemins qu'on ne contrôle pas. Et le problème n'est pas l'IA : la recherche classique de Google faisait déjà pire en donnant l'impression que trois sources officielles se contredisaient. Le problème, c'est la façon dont l'information est écrite, structurée et tenue à jour. C'est tombé sur Cahors dans mon test, ça existe partout ailleurs.
Le vrai problème, ce sont les trous
En reprenant les captures, j’ai aussi vu des trous dans l’information disponible.
Le Mode IA trouve le bulletin de baignade de Gérardmer et l'état des remontées de Chamonix, l'Aperçu IA renvoie au portail de l'office à Cahors, parce que ces informations existent, sont récentes et clairement identifiables. Pour le reste, Google reprend ce qu’il trouve. Parfois une page de 2019, parfois un faux site, parfois une fiche officielle qui n’a pas encore été mise à jour.
Le système suit la même logique dans tous les cas. Il ne trouve simplement pas les mêmes choses.
Le camping de l'île de Ré montre l'autre versant. Sur "que faire sur l'île de Ré avec des enfants", ChatGPT ne cite que deux sources : l'office et ce camping, avec une page dont le titre reprend quasiment mot pour mot ma question, une structure claire, une foire aux questions et un bloc de sources en bas. Elle est d'ailleurs signée par un chef de projet SEO. Il y avait une place à prendre, elle a été prise.

Ce que ça change vraiment
La visibilité se joue maintenant en deux temps.
Être cité ne suffit pas
Il faut d’abord être repris dans la réponse. Ça dépend de la qualité, de la fraîcheur et de la lisibilité de votre donnée dans tous les petits sujets que le système va chercher.
Mais il faut aussi donner au voyageur une raison d’aller plus loin que la réponse. C’est sur la suite que je suis assez inquiet, je l’avoue. Dans mon dossier de juillet, je relevais que près de 8 liens hôteliers sur 10 pointaient vers une fiche Google plutôt que vers le site de l’hôtel. Mon petit test d’août montre la même tendance : dès qu'on se rapproche de la réservation, les fiches Google occupent largement le terrain.
Être cité ne garantit donc pas le clic. Et le clic lui-même n’a plus tout à fait la même valeur si l’outil a déjà répondu, conseillé un établissement et affiché un prix.
Le point de vente se déplace dans les outils
Les fiches de ChatGPT, les questions posées dans l’interface et les prix affichés au milieu des réponses montrent la même chose. Une partie du point de vente se déplace peu à peu dans ces outils.
Ce déplacement ne concerne pas seulement l’endroit où le voyageur clique. Il change aussi ce que Google et ChatGPT doivent pouvoir lire. Une page ou un PDF peuvent suffire pour répondre à une question. Mais pour comparer des chambres, afficher un tarif disponible ou préparer une réservation, il faut des données précises, à jour et reliées aux systèmes qui gèrent l’offre. Un site peut donc être parfaitement lisible sans que son offre soit réellement utilisable par ces outils.
Et par-dessus tout ça, il y a la publicité. Sur la question « faut-il passer par une agence de voyages pour un voyage au Japon », 4 annonces d’agences s’affichent au-dessus d’un Aperçu IA qui répond qu’il n’est pas nécessaire de passer par une agence. Des acteurs achètent donc de la visibilité juste au-dessus d'une réponse qui explique qu'on peut se passer d'eux. 👀

Même chose sur le Portugal, où l'Aperçu IA était lui aussi repoussé sous 4 annonces. Et comme la publicité arrive maintenant dans ChatGPT en France, on n'est qu'au début du sujet de la place des publicités au milieu de ces réponses générées.
Ce que montre le recul autrichien
Mon test couvre une seule journée. Les destinations autrichiennes, elles, vivent avec les Aperçus IA depuis mars 2025, soit un an et demi de recul. J'ai interrogé Sébastien Prod'homme, responsable du marché français de feratel, un éditeur installé à Innsbruck qui équipe plus de 1 000 offices de tourisme et destinations en Europe.
Son retour ne porte pas sur la fréquentation des sites mais sur ce qui se passe dans les espaces de réservation. Ce qui baisse d'abord, c'est l'info sur le pouce, celle qui se lit en une ou deux phrases. Les recherches qui préparent une réservation résistent mieux, parce que l'intention est plus forte et que les Aperçus IA n'amènent pas d'offre. Google fait la synthèse, il ne dit pas quel chalet est libre la semaine du 15 février ni à quel prix.
Sur trois grandes vallées autrichiennes, les réservations passées via les offices ont progressé de près de 5 % entre mars 2025 et mars 2026. Ce sont des chiffres internes, tirés de son tableau de bord, et il refuse lui-même de les attribuer à Google : la météo, les prix, le calendrier des vacances et les campagnes pèsent au moins autant. Ce qu'il retient, c'est que le transactionnel n'a pas suivi l'informationnel. On surveillait peut-être la mauvaise courbe.
Sa formule résume bien ce qui suit : « l'objectif aujourd'hui, c'est autant d'être lisible par la machine que par le voyageur ». Donner assez à la machine pour que le voyageur ait ensuite une raison d'aller plus loin.

Interview complète de Sébastien Prod'homme à retrouver sur le site
Ce que je regarderais selon les métiers
La priorité ne se situe pas tout à fait au même endroit selon les métiers. Voilà ce que je regarderais en premier.
Pour une destination, je regarderais ce que le système d’information touristique rend réellement accessible à ces outils et la date de dernière mise à jour des fiches. Le cas du marché de Cahors m’a convaincu que c’est le chantier le plus urgent et sans doute le moins glamour de tous.
Pour un hébergeur ou un prestataire, je surveillerais surtout la fiche Google, puisque c’est souvent elle que Google affiche à la place du site, les prix repris dans les réponses et la manière dont les outils recommandent les établissements ou les personnes. Je regarderais aussi si les chambres, les équipements, les tarifs et les disponibilités existent sous une forme que ces outils peuvent réellement utiliser, et pas seulement dans une page ou un PDF.
Pour une agence ou un TO, je partirais des questions qui préparent vraiment une décision pour regarder qui est cité, qui est recommandé et qui paie juste au-dessus, avant de décider s’il vaut mieux acheter cette visibilité ou investir dans ce que ces outils ne savent pas recopier.
Ce que je vais suivre maintenant
De mon côté, voici ce que j'ai prévu de faire :
- Relancer le même test dans les mois à venir
Je garderai la méthode et le panel pour pouvoir comparer les résultats. Je veux notamment voir si la page de 2019 et le faux site sont toujours cités dans deux mois. - Mesurer ce qui arrive réellement depuis ChatGPT et Google
Je pose le marqueurutm_source=chatgpt.comdans mes analytics et j'exporte ma Search Console maintenant, avant que la rentrée ne brouille tout. Google y a ouvert cet été des statistiques dédiées aux impressions et aux clics venus de ses réponses IA. Mon test porte sur douze questions que j'ai choisies ; votre Search Console porte sur les vôtres. C'est la seule mesure de ce dossier qui vous appartient déjà. J'expliquais en juillet pourquoi comparer septembre à juillet ne vous apprendra rien et c'est toujours vrai. - Vérifier ce que les modèles arrivent à lire sur les pages importantes
J’utilise pour cela l’extension Chrome AI Content Visibility Checker d’Adobe. Elle ne dit pas si une page sera citée et ne remplace pas un audit mais elle donne une première piste en trente secondes. - Tester la personnalisation
Je vais poser les mêmes questions depuis plusieurs profils, dont un compte chargé d’historique, pour voir comment les réponses divergent et de combien. Je ne sais pas encore comment m’y prendre proprement mais c’est une des questions les plus intéressantes de ce test.
Sur le travail de fond, les 5 bonnes pratiques que je donnais fin juin n’ont pas bougé d’un pouce. Ce test les confirme.
A vous de voir ce qui est transposable dans votre situation.

Ce que je retiens de ce premier test
- Être premier sur la question principale ne suffit plus forcément
Si le système la découpe en plusieurs recherches, il faut aussi être présent sur les petits sujets qu’il va chercher autour. - Les offices ressortent souvent sur l’information pratique
À l’approche de la réservation, 44 des 79 sources citées sont en revanche des fiches Google. - Google et ChatGPT ne se contentent plus de chercher
Ils qualifient la demande, recommandent des établissements ou des personnes et affichent des prix que l'établissement n'a pas toujours choisis. - Quand une information fraîche et identifiable existe, elle peut être reprise
Quand elle manque, la même mécanique peut ramener une page de 2019, un faux site ou une donnée officielle périmée. - Ce test a été réalisé à un instant donné
Mené à la main, le même jour et sur un profil neutre, il donne des pistes à suivre dans le temps, pas des règles générales sur les sites que l’IA citerait le plus.
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Nicolas François


