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La voix est-elle l’interface ultime du voyage ?

De la fin des claviers à l'accueil multilingue : explorez les opportunités et les limites de la voix dans le secteur du voyage.

Nicolas François Nicolas François

Ce contenu a été partagé en avant-première avec les abonnés de la newsletter. À l'heure où les voix de synthèse deviennent indiscernables de l'humain, j'ai voulu explorer comment cette technologie peut réellement servir nos métiers.

Voix et IA dans le tourisme : Parler à une machine ? Vraiment ?

Parler à une machine ? Il y a encore quelques années, ça paraissait étrange. Aujourd’hui, c’est presque devenu banal. Et si l’on en croit les chiffres, 70% des français utiliseraient les commandes vocales couramment1.

L’IA vocale est un marché en pleine croissance. Et dans le tourisme, les assistants vocaux pourraient trouver rapidement leur place dans des usages très concrets : accueil et échanges avec des touristes étrangers, médiation culturelle, amélioration de l’expérience client… Le champ des possibles est assez vaste et des cas d’usages existent déjà.

Et si le vocal devenait demain une interface à part entière ? Un moyen de naviguer, réserver, dialoguer, vivre une expérience… sans clavier, sans écran. Une interface simple, intuitive et finalement très puissante.

Ce qui est sûr, c’est que la voix est un formidable terrain de jeu pour enrichir l’expérience. Plus fluide, plus naturelle… et parfois même saisissante ! On va le voir, ou plutôt l’écouter, ensemble :)

Mais attention, ce n’est pas parce que “ça parle bien” que “ça dit quelque chose d’utile”. Comme souvent avec l’IA, tout repose sur les données, l’intention… et ce qu’on en fait.

Dans ce dossier, je vous propose d’explorer ce que vous pouvez déjà tester, ce qui arrive très vite et ce qu’il vaut mieux comprendre avant de se lancer. Avec des exemples concrets, des outils accessibles, quelques garde-fous… et, comme toujours, une bonne dose de curiosité :)


De la voix robotique à l’émotion : pourquoi tout change maintenant

Vous vous souvenez des voix bien robotiques des premiers GPS et des répondeurs automatiques impossibles à interrompre (“Pour le service sinistres, tapez 3”) ? Ça peut encore exister mais c'est bientôt de l'histoire ancienne...

💡
Petit rappel : les premiers assistants vocaux comme Siri ou Alexa sont apparus dans les années 2010. Autant dire la préhistoire à l’échelle du numérique :)

Aujourd’hui, l’IA vocale a franchi un cap. Fini la lecture monotone d’un texte, on entre désormais dans l’interprétation. Certaines IA modulent leur voix, adaptent le rythme, l’intonation… et injectent même un semblant d’émotion. On discute, elles écoutent, elles répondent. Et parfois, on en oublierait presque qu’il n’y a personne à l’autre bout du fil. Bon, là j’exagère un peu… quoique.


Clin d'œil cinéma : Her (2013)

Dans ce film d'anticipation, Joaquin Phoenix tombe même amoureux d'une voix d'IA. 12 ans plus tard, la frontière entre fiction et réalité se fait très mince…


Et ce n’est pas tout, certaines solutions vont encore plus loin. Elles peuvent traduire votre voix dans une autre langue tout en gardant votre timbre, votre style, votre phrasé. Je vous en parlais déjà dans le tout premier numéro de la newsletter, en mars 2024, avec la solution Heygen. Vous vous entendez parler japonais, italien, allemand (plus de 30 langues disponibles), avec synchronisation des lèvres, tonalité fidèle… le tout sans passer une heure sur Duolingo :)

Aussi impressionnant… que troublant.

Performance, naturel et coût : les 3 piliers d'une révolution accessible

Si l'IA vocale devient un sujet, ce n'est pas un hasard. C'est la combinaison de 3 avancées importantes qui fait toute la différence :

1. Les modèles sont devenus plus performants, ils comprennent mieux ce que l’on dit, savent quand se taire, quand relancer et formulent leurs réponses en une ou deux phrases claires (et pas en monologue de robot).

2. Les voix synthétiques ont gagné en naturel avec des outils comme ElevenLabs ou Cartesia, on peut générer une voix qui “respire”, qui nuance et qui donne presque l'impression de parler à quelqu'un… même en français (je dis ça car la gestion de voix françaises crédibles a longtemps été un peu négligée, même si on pouvait trouver de bonnes voix québecoises :)

3. Le coût a fondu. Il y a plus d'un an, faire parler une IA coûtait cher. Aujourd'hui, c'est quelques centimes par appel. OpenAI (ChatGPT), par exemple, a divisé ses tarifs vocaux de 60 à 80%. Ça peut devenir abordable, même pour une petite structure.

Concrètement ? Vous pouvez discuter avec une IA de manière fluide, quasi humaine, sans clavier, sans friction. Et parfois même, sans que l’interlocuteur ne se doute qu’il parle à une voix générée.

C’est là toute la force… et peut-être aussi le début des vrais sujets que ça soulève. Mais on va en reparler.


Sous le capot : comment fonctionne réellement un agent vocal ?

Avant d'aller plus loin, on va clarifier quelques termes. Qu'est-ce qu'on appelle exactement un agent vocal IA ?

C’est une intelligence artificielle à laquelle on peut parler naturellement, comme à un conseiller téléphonique… sauf qu’il n’y a personne à l’autre bout. Il peut répondre à vos questions, vous aider à réserver une activité, vous guider dans une visite ou simplement prendre un message. Et il peut le faire 24h/24 et dans plusieurs langues.

💡
Petite précision utile : un agent vocal IA, ce n’est pas une boîte noire magique. C’est en réalité une suite d’étapes techniques qui s’enchaînent très vite.

Les 3 étapes clés

Un peu comme un humain qui écoute, comprend, puis répond :

Tout cela se passe en quelques secondes. Et ce qui rend le tout possible, c’est ce qu’on appelle… l’orchestration.

Un chef d'orchestre pour faire fonctionner tout ça

Des outils comme VAPI, Elevenlabs ou Rounded jouent ce rôle. Ils relient les différentes briques (écoute, analyse, réponse), ajoutent des règles (par exemple : “si le visiteur dit bonjour, réponds avec un message de bienvenue”), et permettent de connecter l’agent à un numéro de téléphone, une borne ou une appli.

Capture d’écran de Rounded

Et si vous vous dites “Ok, c’est bien gentil mais je ne suis pas développeur…”, je vous rassure, ces outils sont pensés pour être utilisés sans écrire une seule ligne de code. On parle de no-code avec des blocs visuels, des interfaces claires et souvent des modèles prêts à l’emploi.

Cela dit, il faut être honnête, le no-code ne veut pas dire “tout seul, en 5 minutes”. Il faut un peu de temps pour comprendre comment les briques s'enchaînent, tester et ajuster. Si vous êtes à l'aise avec des outils comme Zapier ou Make, vous avez déjà les bons réflexes. Sinon, ça se prend en main, à condition d'avoir envie de jouer un peu avec :)


Retours d’expériences : ce que j'ai appris en testant ces outils sur le terrain

Comme j’aime bien tester concrètement ce qu’on peut faire avec l’IA, je vous propose ici quelques expérimentations. Des idées que vous pourriez facilement transposer dans vos propres structures.

☎️ Créer un assistant vocal téléphonique à partir de vos contenus

Le principe : un visiteur appelle un numéro, et c’est un assistant vocal (callbot) qui lui répond, en s’appuyant sur vos propres ressources : brochure touristique, livret d’accueil, site web…

Le résultat ? En quelques minutes, avec des outils comme ElevenLabs ou Rounded, vous pouvez créer un agent vocal sur mesure : voix IA, instructions personnalisées, et même un vrai numéro de téléphone associé.

Test terrain : un callbot pour un Office de Tourisme

J’ai testé ça en créant un assistant vocal pour un office de tourisme fictif (Clairval).

L’idée : répondre automatiquement aux questions pratiques des visiteurs (horaires, tarifs, itinéraires…), 24h/24.

Résultat : une démo fonctionnelle avec un vrai numéro de téléphone. C’est perfectible bien sûr, mais suffisant pour explorer les possibilités.

➔ Test 1 : Rounded

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Points forts :

  • Très complet et assez intuitif à prendre en main
  • Possibilité de créer plusieurs “sous-agents” IA (par thématique : documentation, rendez-vous, réservations…)
  • Interface graphique agréable et logique pour organiser les scénarios.

Limites observées :

  • Le temps de réponse m’a semblé un peu long
  • Mais pour être honnête, je n’ai pas eu le temps de pousser les réglages à fond.

📞 J’ai pu l’associer très facilement à un numéro de téléphone. Si certains veulent tester l’appel, contactez-moi et je vous partagerai le numéro avec plaisir.

➔ Test 2 : Elevenlabs

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Points forts :

  • Plus simple à configurer que Rounded
  • Moins de fonctions avancées, mais… un rendu vocal très fluide et un temps de réponse bien meilleur
  • Idéal pour une première expérimentation rapide

Là aussi, je vous laisse juger par vous-même. Le paramétrage est vraiment accessible. Dans les 2 cas, tout ça reste invisible pour l’appelant, c’est votre “arrière-boutique IA”.


🎙️ Doubler automatiquement vos vidéos… avec votre voix

Vous avez une vidéo tournée en français et vous souhaitez la rendre accessible à un public international ?
Avec des outils comme Heygen, vous pouvez la doubler automatiquement en plus de 30 langues (espagnol, allemand, néerlandais, japonais…), tout en conservant :

  • votre voix d’origine (traduite mais reconnaissable),
  • le rythme naturel de votre discours,
  • la synchronisation labiale quasi parfaite.

Cas d’usage : diffuser un contenu multilingue à l’international sans refaire le tournage, ni passer par un studio de doublage. Idéal pour des vidéos de présentation, de formation ou d’inspiration touristique.

A noter :
Il est essentiel de préciser qu’il s’agit d’une voix synthétique doublée.
➤ D’abord parce que c’est une obligation du futur AI Act européen,
➤ Ensuite pour éviter le décalage lors d'une éventuelle rencontre en face-à-face... :)


💂‍♀️ Créer un “guide incarné” avec voix et avatar

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Et si un personnage historique vous accueillait… en vidéo, avec la parole et le regard ?
J’ai testé la création d’un avatar IA incarnant un soldat de la Première Guerre mondiale, pour une idée de médiation culturelle dans un lieu comme le Mémorial ou la Citadelle de Verdun

Le principe : avec des outils comme Heygen Avatar IV, vous pouvez créer un personnage animé qui parle, regarde la caméra, raconte une histoire ou guide les visiteurs. Le tout à partir d’un simple texte… et d’un peu d’imagination.

Cas d’usage :

  • Donner vie à un personnage historique (soldat, figure locale, artiste…)
  • Proposer une médiation ludique et incarnée pour les enfants
  • Accompagner les visiteurs sur un parcours d’exposition ou un site patrimonial
  • Intégrer l’avatar sur un site web, une borne interactive ou dans une vidéo immersive
L’effet peut-être vraiment saisissant, surtout lorsqu’on y ajoute une voix réaliste et un scénario bien écrit. De quoi transformer un simple panneau explicatif en véritable rencontre.

🌍 Un assistant IA… en interprète multilingue

Et si ChatGPT ou Gemini pouvaient jouer le rôle d’interprète entre vous et un visiteur étranger ? J’ai testé cette fonction vocale dans plusieurs situations, et l’effet peut être vraiment bluffant.

Le principe :
Vous parlez dans votre langue → l’IA écoute, traduit et reformule pour votre interlocuteur → il/elle répond → l’IA vous retransmet la réponse

Mais ce n’est pas juste de la traduction mot à mot : si l’IA ne comprend pas bien, elle échange d’abord avec la personne dans sa langue pour clarifier… puis revient vers vous avec une reformulation. Comme le ferait un interprète humain.

Cas d’usage : faciliter un échange dans un office de tourisme, un musée, un hébergement… même sans parler la langue du visiteur.

Retour terrain :
J’ai testé cette fonction plusieurs fois, et quand ça fonctionne bien, c’est très fluide et naturel. Le ton, l’empathie, la logique d’échange sont là.
Mais attention, il y a parfois encore des bugs, des lenteurs et aussi un manque de réactivité selon la qualité de la connexion ou du service.


🎙️ Bonus : Générer un podcast… sans micro

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Pour aller plus loin, j’ai aussi testé la génération automatique d’un podcast en français avec NotebookLM, à partir d’un contenu existant : l’interview de Pascale Vinot sur le cas d’usage Brittany Ferries.

Résultat : un épisode de 7 minutes, plutôt fluide, entre deux voix IA qui échangent comme dans une vraie conversation, sans aucune intervention humaine.
Pas besoin d’enregistrer, de monter, ni d’écrire un script. L’outil fait (presque) tout.

Cas d’usage : créer facilement des contenus de formation audio, des synthèses de dossier, ou des retours d’expérience à diffuser sur vos supports.


Quel investissement prévoir pour équiper votre structure ?

Voici une estimation à la louche, pour vous aider à vous projeter :

Total estimé : entre 120 et 150 €/mois, pour un site qui :

  • propose des contenus audio multilingues,
  • automatise une partie de l’accueil téléphonique,
  • et produit ses propres supports audio.

🛎️ A titre d’exemple : pour un callbot disponible 24h/24, cela représente jusqu’à 25 heures d’appels vocaux automatisés par mois.


Les garde-fous : ce que l'IA ne sait pas (encore) faire

Bon, on a vu que l’IA vocale pouvait être bluffante, fluide, presque “magique” à l’usage. Mais derrière les voix expressives et l’apparente simplicité, se cachent aussi des zones grises qu’il vaut mieux connaître avant de se lancer.

Ce sont parfois des limites techniques, parfois culturelles, parfois éthiques ou réglementaires. Et comme souvent avec l’IA, tout commence par la qualité des contenus qu’on lui donne à traiter.

Mieux vaut donc savoir ce que ces outils savent faire… et ce qu’ils ne savent pas faire.
Voici quelques points de vigilance à garder en tête, pour déployer ces technologies de façon responsable, utile… et sans trop de mauvaise surprise.

1. Une IA vocale n'est jamais meilleure que vos contenus

C'est une règle d'or, le fameux « Garbage in, garbage out » !

Un assistant vocal, aussi fluide soit-il, ne fera aucun miracle si les contenus sur lesquels il s’appuie sont :

  • incomplets,
  • mal structurés,
  • ou tout simplement flous.

🗣️ Une voix IA peut très bien lire un message… vide de sens.
🎧 Un audioguide mal écrit, même raconté avec chaleur, ne devient pas plus intéressant.

En clair, une bonne voix IA commence toujours par un bon script. Le fond reste plus important que la forme, même quand la forme parle parfaitement.

2. Des biais techniques (encore) bien présents

Même avec des outils puissants, tout n'est pas parfait. Vous pouvez rencontrer :

  • des difficultés de compréhension avec certains accents ou formulations régionales
  • une intonation trop plate… ou au contraire trop “publicitaire”
  • des voix qui paraissent trop stéréotypées ou génériques
  • des bugs…

Et ce n'est pas un détail, dans des lieux culturels, patrimoniaux ou à forte identité locale, l'authenticité vocale peut jouer un rôle important.

💡
A noter : même si le français est de mieux en mieux pris en charge avec de bons résultats, la majorité des modèles vocaux ont été entraînés sur des corpus anglophones. Ce qui peut encore influencer le rythme, le ton, voire le vocabulaire.

3. Une voix trop “parfaite” peut créer un malaise

Plus une voix synthétique est crédible, plus la confusion est possible. Et c'est là que les questions éthiques prennent le dessus.

  • L'utilisateur pense-t-il parler à une vraie personne ?
  • Est-il informé que la voix est générée ?
  • Comprend-il qu'il ne s'agit pas d'un échange humain ?

L’AI Act, le règlement européen sur l’intelligence artificielle, impose que tout utilisateur soit informé quand il interagit avec une IA, notamment dans le cadre de systèmes vocaux. Cette obligation de transparence, qui entrera en vigueur à l’été 2025, s’applique sauf si l’usage de l’IA est évident.

Dans des lieux publics ou culturels, mieux vaut donc le mentionner clairement. C’est une question de droit, mais surtout de confiance.


Droit à la voix et AI Act : sécurisez juridiquement vos projets

C'est souvent un point qu'on découvre trop tard. Vous utilisez une voix synthétique, vous clonez votre propre voix pour automatiser un message, vous traduisez une vidéo avec votre visage et votre voix dans une autre langue… et vous vous demandez : est-ce que j’ai le droit de le faire ? Et qu'est-ce que je risque ?

Spoiler : ça dépend !

Voici les grandes questions à se poser avant de publier une voix IA dans un contexte professionnel.

1. La voix est un attribut personnel protégé

En droit français, la voix est protégée au même titre que l'image ou le nom. Ce qui signifie que :

  • Vous ne pouvez pas cloner ou imiter la voix d'une personne sans son consentement
  • Même si la voix est "approximative" ou inspirée, le simple fait qu'elle soit reconnaissable peut suffire à engager votre responsabilité
  • Ce droit s'applique même si la personne n'est pas une artiste ou une personnalité publique

En pratique : si vous clonez la voix d'un collaborateur, d'un guide, d'un partenaire… il vous faut un accord clair et documenté. Du bon sens…

2. Que deviennent les voix enregistrées dans les outils IA ?

C'est un sujet encore flou et souvent sous-estimé.

  • Certains outils (Heygen, ElevenLabs…) se réservent le droit d'utiliser vos enregistrements vocaux pour entraîner leurs modèles
  • D'autres vous permettent de refuser cette utilisation, mais il faut le faire manuellement
  • Très peu d'outils garantissent que vos données vocales seront totalement supprimées

Vous avez un doute ? Une astuce simple : copiez les CGU de l'outil que vous souhaitez utiliser et collez-les dans ChatGPT pour lui demander ce qui est prévu sur le stockage, la réutilisation et la suppression des voix. Ce n'est pas une lecture juridique, mais un premier filtre utile.

3. Un contenu vocal généré par IA est-il protégé ?

Réponse courte : ça dépend de la part d'intervention humaine.

  • Si vous écrivez un script original, que vous choisissez une voix, que vous dirigez la narration : oui, vous pourriez sans doute revendiquer une protection au titre du droit d'auteur
  • Si le contenu est généré de A à Z par une IA (texte + voix), sans intervention artistique : non, ce n'est pas protégé juridiquement en France

En conclusion, si vous voulez protéger un contenu vocal IA, impliquez toujours un minimum de création humaine et conservez les étapes de création.

4. Ce qu'il faut prévoir dans une démarche responsable

  • Toujours informer les utilisateurs qu'ils entendent une voix synthétique (si c'est le cas)
  • Ne jamais utiliser une voix qui ressemble à quelqu'un sans son accord
  • Privilégier des outils qui vous donnent la main sur vos données vocales (enregistrement, effacement, refus d'usage à des fins d'entraînement)
  • Si vous utilisez la voix d'un collaborateur ou d'un partenaire, rédigez un accord clair sur les conditions d'usage, de durée, et de diffusion

Ce n'est pas de la paranoïa. C'est du bon sens éditorial, juridique… et éthique.


Inspiration : ces acteurs qui utilisent déjà la voix avec succès

Ces usages sont déjà opérationnels. Ils s'appuient souvent sur une base simple : un contenu bien structuré + un outil IA + une intention claire.

🖼️ Ask Mona, un compagnon culturel augmenté

Créé en France, Ask Mona est un agent conversationnel utilisé par plus de 100 institutions culturelles (musées, galeries, théâtres…). Accessible via smartphone, il répond aux questions des visiteurs, propose des recommandations personnalisées, et raconte les œuvres avec un ton à la fois pédagogique et engageant.

Certaines expériences intègrent aussi de la reconnaissance visuelle, des anecdotes audio ou des parcours interactifs. L’outil est multilingue et pensé pour rendre la culture plus accessible, sans téléchargement ni jargon.

Déployé notamment au Centre Pompidou, au Palais de Tokyo… mais aussi au Musée national des beaux-arts du Québec, avec une belle réalisation que je vous invite à découvrir en vidéo.

Petit clin d’œil au passage à Marie-Hélène Raymond, que j’ai eu la chance de rencontrer lors des Grands Remous à Québec :)

🛎️ Alexa Smart Properties for Hospitality

Amazon propose aux hôtels une version dédiée d’Alexa, installée sur des enceintes Echo dans les chambres. Les clients peuvent interagir à la voix pour demander un service, obtenir des infos pratiques, contrôler la lumière ou écouter de la musique.

La solution est utilisée par plusieurs groupes hôteliers comme MarriottIHGWynnBest Western… En France, le Pullman Paris Tour Eiffel a été le premier à l’adopter à grande échelle.


✈️ Penny par Priceline, l’assistant vocal pour planifier un voyage

La plateforme américaine Priceline a lancé Penny, un assistant vocal basé sur GPT-4, intégré à son application mobile et à son site web. Les utilisateurs peuvent interagir à la voix pour poser des questions, comparer des offres ou organiser leur séjour, avec une interface visuelle qui s’ajuste automatiquement au fil de la conversation.

J’ai testé l’outil : relativement fluide en anglais, moins naturel en français. L’interaction avec l’écran est bien pensée, et j’ai bien été redirigé vers la page de réservation dans un autre onglet pour finaliser la commande.

💡 A retenir

  • La voix IA est de plus en plus crédible et naturelle
  • Le multilingue devient disponible, même sans parler la langue
  • Les outils sont à portée de main, parfois gratuits, en tout cas pour des premiers tests, et utilisables sans équipe technique
  • Et surtout : ce n'est plus réservé aux grandes entreprises. Ces technologies deviennent à la portée des destinations, offices de tourisme, lieux culturels, hébergeurs, prestataires d'activités…

La vraie question, ce n'est plus “est-ce que c'est possible ?” mais “comment l'utiliser intelligemment ?”.

Ce premier dossier sur l’IA et la voix dans le tourisme n’a pas vocation à tout couvrir, ni à livrer des recettes toutes faites.

Je l’ai pensé comme un point de départ pour vous donner quelques repères, des outils concrets, des premières idées activables… et surtout l’envie d’expérimenter, à votre rythme, en phase avec vos enjeux.


Foire aux questions

Q ; Est-ce que je peux vraiment lancer mon assistant vocal sans savoir coder ?
R : Oui, c'est toute la force des outils actuels. Des plateformes comme Rounded ou VAPI permettent d'assembler des briques visuelles. Si vous savez organiser un schéma de pensée simple ("Si le client demande X, réponds Y"), vous savez configurer un agent vocal.
Q : Comment faire si l'IA ne comprend pas l'accent de mes visiteurs ?
R : C'est une limite réelle. Bien que le français s'améliore, les modèles restent parfois académiques. Mon conseil : soignez vos scripts pour qu'ils soient directs et prévoyez toujours une option pour basculer vers un conseiller humain en cas d'échec.
Q : Dois-je obligatoirement dire à mes clients qu'ils parlent à une machine ?
R : Oui, c'est une obligation imposée par l'AI Act en Europe. Au-delà de la loi, c'est une question de confiance : rien n'est plus frustrant pour un voyageur que de se sentir "dupé" par une voix qui tente de se faire passer pour humaine.