24 % ou 71 % : qui dit vrai sur l'usage de l'IA par les voyageurs ?
Que font réellement les voyageurs avec l'IA, en France et ailleurs ? J'ai trié une trentaine d'études : adoption réelle, usages, confiance. Voici ce qui tient la route, sources à l'appui.
Il y a quelques jours, je reçois un mail pro où je lis que « 71 % des voyageurs utilisent déjà l'IA pour préparer leurs vacances ». Problème, j'étais persuadé d'avoir lu dans l'étude Evaneos/YouGov publiée en avril 2026 que « 76 % des Français n'ont jamais utilisé l'IA pour organiser un voyage » (autrement dit, à peine 24 % l’avaient fait). Deux chiffres qui disent quasiment l'inverse. Soit les comportements évoluent vraiment très vite, soit y a un loup 👀.

Du coup, j'ai cherché d'où sortait ce 71 %. Aucune étude d'usage publiée ne donne ce chiffre sur la préparation d'un voyage. Un chiffre fantôme, sans doute recopié jusqu'à ce que plus personne ne sache d'où il vient. Ou une mauvaise lecture d'une donnée qui, elle, existe (on y reviendra, c'est là que ça devient intéressant).
Vous voyez le problème ? Une fois la donnée fantôme écartée, les chiffres qui restent ne se contredisent pas. Ils ne répondent simplement pas à la même question. Et c'est tout le sujet de ce dossier : avant de se demander quel chiffre est vrai, il faut se demander ce qu'on mesure et sur qui.
J'ai donc décidé de faire le tri parmi plus de 80 chiffres, issus d'une trentaine d'études, pour essayer d'y voir plus clair. En quatre temps : l'adoption, le parcours, les usages et la confiance. À chaque étape, je vous redis ce qu'on mesure et sur quelle base, pour ne plus se faire avoir. On dit souvent que l'on est « centré client », ok, mais encore faut-il savoir ce qu'ils font vraiment… nos clients.
Ma méthodo
Une approche assez simple et pas encore validée par Harvard : j'ai rassemblé dans un tableau Excel toutes les sources que j'avais vues passer sur ce sujet, j'ai fait une recherche approfondie avec l'IA (en l'occurrence Claude) pour identifier celles à côté desquelles j'étais passé. J'ai identifié chaque source (périmètre, nombre de répondants, lien commercial…) et j'ai fait le tri en mettant en place aussi une grille d'évaluation. Pour ceux que ça intéresse, je vous en reparle à la fin.
L'adoption réelle : 19 à 24 % en France
On commence par le niveau réel. Ici, on mesure l'adoption, c'est-à-dire le simple fait d'avoir essayé l'IA au moins une fois pour préparer un voyage (et pas l'intensité de l'usage). Les chiffres sourcés se rejoignent et c'est ça qui les rend crédibles.
- En France 🇫🇷, 19 à 24 % des Français ont déjà utilisé l'IA pour préparer un voyage début 2026. Cette fourchette est issue de trois études indépendantes : Europ Assistance/Ipsos (19 %, +4 pts en un an), Phocuswright (19 % au printemps 2025) et Evaneos/YouGov, la plus élevée avec 24 % (terrain mars 2026, publiée en avril).
- Aux États-Unis 🇺🇸, on est à 33 % sur base comparable (Phocuswright, printemps 2025), et même 56 % début 2026, après un palier à 43 % fin 2025, sur une définition plus large (planifier, réserver ou utiliser l'IA pendant le voyage). Trois vagues en un an : l'accélération dit tout.
- Surtout, et c'est une info super intéressante, ça a fait x3 en deux ans : aux US, l'usage prévu de l'IA pour planifier les voyages de fin d'année est passé de 8 % en 2023 à 16 % en 2024, puis 24 % à l'automne 2025 (Deloitte, Holiday Travel Survey ; même mesure chaque automne, avant la saison des fêtes). Une accélération nette, même si la dernière marche ralentit un peu.
Une adoption qui reste donc factuellement minoritaire aujourd'hui. Mais attention, l'évolution est forte et on comprend bien la direction. Pas besoin de gonfler à 71 % pour justifier de s'y intéresser.

Le parcours du voyageur : l'IA cartonne en amont, elle cale à la réservation
Ici on regarde où l'IA est utilisée dans le parcours du voyageur. Et c'est là aussi assez instructif :
- Inspiration et recherche : usage fort. Aux USA, l'IA générative est presque à parité avec les moteurs de recherche, 33 % contre 35 % pour la recherche d'informations voyage (Phocuswright, février 2026). Attention, autre vague et autre mesure : ici on parle de recherche d'information, pas d'adoption.
- Planification : le cœur de l'usage. 45 % des utilisateurs français planifient leurs activités et leurs journées avec l'IA (Evaneos/YouGov, terrain mars 2026). On retrouvera ce chiffre plus bas dans les usages, c'est la même donnée.
- Réservation : bon, là ça bloque. Seulement 8 % se disent à l'aise pour réserver via une plateforme IA (Expedia Group, « The AI Trust Gap », terrain mars 2026, adultes US, UK et Inde). Et notez le verbe : une attitude déclarée, pas un usage mesuré.
- Pendant le séjour : ça repart fort. 51 % des utilisateurs d'IA américains s'en servent pour des recommandations en temps réel à destination (Phocuswright, février 2026). Traduction, activités, navigation.
- Après le voyage : quasi rien. Un seul usage mesuré dans tout le corpus, la retouche photo (Booking.com, 2025)… peut-être aussi l'angle mort de ces études.
À retenir : l'IA aide à défricher mais au moment de sortir la CB, elle décroche.

À quoi sert l'IA quand un voyageur l'utilise ? Pour s'informer, surtout
Regardons maintenant les usages. Pour ce sujet, c'est encore l'étude YouGov/Evaneos qui est la plus pertinente (une vraie pépite).
Voici ce qu'il en ressort :
- S'informer sur la destination : 50 %
- Planifier les activités et les journées : 45 %
- Trouver l'inspiration : 45 %
- Le bénéfice numéro un, partout : le gain de temps, 42 à 48 % selon les études internationales (Amadeus, Kayak/Ipsos, Expedia) et même 71 % chez les utilisateurs français (Evaneos).
Au passage, on y apprend que chez les parents de jeunes enfants, 66 % citent la charge mentale en moins. L'IA ne semble pas remplacer le rêve du voyage mais elle facilite (voire compresse) la période de recherche. Période ambiguë, parfois aussi excitante que stressante.
Une étude qualitative menée en Iran (Seyfi et al., International Journal of Tourism Research, 2025, reprise en français dans The Conversation) pointe 5 barrières à l'adoption (usage, valeur, risque, image, tradition) et ce qui y est dit me semble assez universel :
Pour beaucoup, planifier un voyage n'est pas seulement une corvée à automatiser ; c'est un rituel précieux et une source de fierté personnelle. Certains voyageurs voient l'IA comme une menace pour leur autonomie. Utiliser une machine pour planifier un voyage donne l'impression de "déléguer" un processus créatif, rendant le voyage final moins personnel.

La confiance des voyageurs dans l'IA : l'info oui, la CB non merci (pour le moment)
Là, on se rend compte que les voyageurs que nous sommes aussi… sont assez complexes. On reste dans du déclaratif, des intentions plus que des comportements observés mais deux chiffres illustrent le grand écart…
- 90 % des voyageurs font confiance, au moins en partie, à l'info voyage que leur donne l'IA (McKinsey × Skift, « Remapping Travel with Agentic AI », 2025)
- Mais 2 % seulement la laisseraient réserver sans supervision (Skift, cité dans le même rapport). On lui fait confiance pour s'informer, pas pour sortir la carte bleue.
- Et 86 % des voyageurs interrogés citent la validation avant paiement comme condition pour adopter (Dune7 × Flesh & Bone, mars 2026)
Au fond, le vrai frein, c'est la responsabilité. Si l'IA réserve de travers, qui gère le SAV ? Tant que c'est flou, on finalise chez une marque qu'on connaît. Même OpenAI a retiré son paiement intégré de ChatGPT en mars 2026, faute d'acheteurs (révélé par The Information). D'ailleurs, au moment de l'annonce, les actions des grandes plateformes de réservation ont bondi. La Bourse pariait sur la fin des intermédiaires, les voyageurs en ont décidé autrement. Pour l'instant…
"Utiliser l'IA" : un même mot, trois réalités
Reste un dernier point et c'est pas un détail. Toutes ces études reposent sur une seule question : « utilisez-vous l'IA ? ». Et c'est là que les interprétations peuvent diverger. Ce verbe « utiliser » peut recouvrir trois réalités très différentes. Il y a :
- l'IA qu'on assume : on ouvre ChatGPT, on tape sa question, on sait qu'on parle à une IA.
- l'IA embarquée qu'on actionne sans la voir : le tri de Booking, les suggestions d'Expedia, le « meilleur moment pour partir » d'un comparateur.
- l'IA classique, celle qui ordonne nos résultats de recherche depuis des années sans que personne ne l'appelle « IA ».

Les sondages ne comptent souvent que la première. Résultat : en France, 49 % seulement des gens se disent conscients du rôle de l'IA dans leurs expériences en ligne (eDreams/OnePoll, 2024). Le voyageur qui vous jure ne pas utiliser l'IA a sûrement lu ce matin un résumé de destination fabriqué par une IA, comparé des prix qu'un algo avait déjà triés, cliqué sur des recos rangées dans un ordre qu'il n'a pas choisi. Il n'a juste pas ouvert ChatGPT.
Mon avis
Ce que j'en retiens, c'est que les voyageurs demandent à l'IA de l'info sur la destination et des idées sur place. Une bonne nouvelle pour les destinations, car c'est exactement ce que vous produisez déjà. Mais la question, c'est de savoir si votre contenu est lisible par les IA que vos visiteurs interrogent déjà.
Pour la réservation, l'agentique viendra, mais sans doute par des fonctions périphériques : l'alerte prix, le vol annulé que l'agent repositionne à votre place pendant que vous dormez, avec l'humain qui garde la main au moment de payer.
Et pour le paiement, on y viendra aussi. Souvenez-vous du paiement sans contact, une aberration pour beaucoup à son lancement… c'est maintenant un usage généralisé.
Voilà l'état des lieux d'un coup d'œil :

Infographie en libre réutilisation en citant la source avec un lien vers l'article :Source : IA, Tech & Travel Café, « 24 % ou 71 % : qui dit vrai sur l'usage de l'IA par les voyageurs ? », juillet 2026, iatechtravel.cafe/chiffres-usage-ia-voyageurs
Comment j'ai trié : les 4 questions à poser à un chiffre IA
Un mot sur la méthode. Face à un chiffre « IA et voyage », je lui pose 4 questions avant de le croire :
- D'où sort-il ? Un institut nommé ou une citation qui renvoie à une autre citation ?
- De quand date-t-il ? Une date de terrain, pas une date de publication (l'écart peut atteindre cinq mois).
- Sa méthodo est-elle publique ? Échantillon, dates, formulation exacte de la question.
- Qui compte-t-il ? C'est la question qui tue. Un usage, une intention et une perception ne sont pas la même chose, et « les utilisateurs de l'IA » ne sont pas « les Français ».
Chaque chiffre repart avec une note sur 8 : méthodologie publiée, échantillon représentatif, indépendance du commanditaire, question exacte connue. 2 points chacun. Au-dessus de 6, le chiffre est citable tel quel. Entre 3 et 5, il ne vaut que comme tendance. En dessous, on oublie.
Résultat sur les 83 chiffres passés à la grille : un seul s'est révélé fantôme, le fameux. 30 chiffres citables tels quels, ce sont ceux que vous avez lus plus haut. Et tout le reste, ni vrai ni faux, juste inutilisable en l'état, parce qu'on ne sait pas qui il compte.

☕️ Questions au comptoir
Combien de voyageurs utilisent vraiment l'IA pour préparer un voyage ?
Entre 19 et 24 % des Français ont déjà utilisé l'IA pour préparer un voyage début 2026, selon trois études indépendantes (Europ Assistance/Ipsos, Phocuswright, Evaneos/YouGov). Aux États-Unis, on monte à 33 % sur base comparable, et jusqu'à 56 % avec une définition plus large qui inclut la réservation et l'usage pendant le séjour. L'adoption reste minoritaire, mais elle a triplé en deux ans.
Les voyageurs réservent-ils leur voyage avec l'IA ?
Non, très peu. 8 % seulement des voyageurs se disent à l'aise pour réserver via une plateforme IA (Expedia Group, « The AI Trust Gap », terrain mars 2026, États-Unis, Royaume-Uni et Inde). Et 86 % posent la validation humaine avant paiement comme condition d'adoption (Dune7, mars 2026). L'IA sert à défricher, pas à sortir la carte bleue.
L'IA remplace-t-elle Google pour la recherche de voyage ?
Pas encore, mais l'écart se resserre vite. Aux États-Unis, l'IA générative est presque à parité avec les moteurs de recherche pour la recherche d'informations voyage : 33 % contre 35 % (Phocuswright, février 2026). Pour une destination, la question n'est plus de savoir si ça arrive, mais si son contenu est lisible par les IA que ses visiteurs interrogent déjà.
Les voyageurs font-ils confiance à l'IA pour organiser leur voyage ?
Pour s'informer, oui : 90 % des voyageurs font confiance, au moins en partie, à l'information voyage que leur donne l'IA (McKinsey × Skift, 2025). Pour réserver, non : 2 % seulement la laisseraient réserver sans supervision. Le nœud du problème est la responsabilité. Si l'IA réserve de travers, personne ne sait qui gère le SAV.
Les sources : les 12 études citées avec leurs bases et leurs dates
Toutes les études citées dans ce dossier, avec leurs dates de terrain et leurs bases :
- Evaneos × YouGov, terrain 17-25 mars 2026, 1 689 Français (panel YouGov) : reprise détaillée par L'Écho Touristique
- Europ Assistance × Ipsos bva, 25ᵉ Baromètre des vacances, terrain février-avril 2026 : communiqué
- Phocuswright, « The AI Surge » (terrain février 2026) et vagues 2025, voyageurs loisir US : présentation du rapport et « Search Slips, AI Surges »
- Deloitte, Holiday Travel Survey, terrain septembre-octobre 2025, voyageurs des fêtes US : communiqué
- Expedia Group, « The AI Trust Gap » (avec YouGov), terrain 10-25 mars 2026, 5 700+ adultes US/UK/Inde : communiqué
- Havas Market, « Les Français, l'IA et le commerce », 2ᵉ édition, terrain mai 2026, 2 038 Français (panel Toluna) : synthèse
- Booking.com, Global AI Sentiment Report, terrain avril 2025, 37 000+ répondants, 33 marchés : rapport PDF
- McKinsey × Skift, « Remapping Travel with Agentic AI », 2025, 1 002 voyageurs (majorité US) : rapport
- Dune7 × Flesh & Bone, terrain 6-9 mars 2026, 1 000 voyageurs aériens US : analyse détaillée
- eDreams ODIGEO × OnePoll, avril 2024, 10 000 répondants dont 1 000 en France : reprise TOM.travel
- Seyfi et al., « Travel Virtual Assistant or Untrusted Advisor? », International Journal of Tourism Research, 2025 : article et version vulgarisée dans The Conversation
- Retrait du paiement intégré de ChatGPT : révélé par The Information (mars 2026, sur abonnement), confirmé par Skift et CNBC
💬 Et vous, quel chiffre « IA et voyage » avez-vous vu passer récemment sans jamais pouvoir remonter à sa source ? Envoyez-le moi, je le passe volontiers dans ma grille d'analyse et je l'ajoute à mon tableau ;)
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Nicolas François